DERNIER ROMAN

LA VIE EN DEUXIEME CLASSE

EXTRAIT

 

Voilà cinq heures que je suis assis dans ce compartiment à ne pas penser, la seule chose en fait que je puisse faire, à part dormir ce qui revient au même.

Le train roule quant à lui au rythme d’un pachyderme qui serait en ballade bucolique un dimanche après midi sur une route de campagne, depuis le départ de la gare de Lorient, s’arrêtant ça et là pour récupérer des gars dont l’attitude désabusée au moment où ils grimpent dans le wagon ne laisse planer aucun doute sur leur destination finale. Ils sont, tout comme moi, conviés au même séjour, un séjour qui n’a rien de linguistique ou culturel aux dires des anciens aimants se raconter.

« Un an à ne rien faire mon p’tit, douze mois à s’emmerder, surtout si tu vas dans l’armée de l’air… » M’avaient-ils répété alors que je leur confiais, un brin préoccupé, le lieu de villégiature que j’avais choisi.

C’est peut être cette idée qui m’a poussé vers ce corps d’armée au détriment des deux autres. Ma mère, n’avait d’ailleurs pas été en reste non plus dans la surenchère; elle s’était empressée de me confier lorsque je lui avais annoncé mon unité d’incorporation:

« Les filles au sortir de la guerre étaient toutes folles amoureuses des aviateurs mon fils. Que veux-tu, c’est qu’ils avaient un bel uniforme, ces hommes là ! Personne ne pouvait y rester insensible. » Avait t’elle ajouté comme pour s’excuser d’avoir eu devant moi une telle pensée coupable.

Etre beau et séduisant auprès des filles, sans rien faire ?

Voilà un bien joli programme qui me sied parfaitement.

Mon compartiment affiche désormais complet. Le couloir est bondé et enfumé par les dizaines de « clopeurs » qui l’encombrent. C’est que tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir une place assise. L’un d’entre eux se trouve même pratiquement allongé contre la porte à glissières du compartiment, cigarette au bec, les yeux mi clos. Heureusement que je n’ai pas en ce moment une envie pressante, je crois bien qu’il me serait alors difficile d’accéder aux WC situés à l’entrée du wagon.

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